DROITS HUMAINS : SERVICE INTERROMPU.
Une institution financée par l'argent de tous les citoyens ne tient qu’à une chose : la confiance qu’elle inspire. Le reste-statuts, sigles, cérémonies-relève du décor.
Or la confiance ne se proclame pas et ne se met pas en scène : elle se mérite.
Elle naît d’une fidélité scrupuleuse aux textes, d’un respect constant des principes, et surtout d’une impartialité réelle, visible, incontestable.
La mission du CNDHCI est pourtant d’une clarté absolue : protéger les droits humains. Tous les droits, pour tous.
Pas seulement ceux des citoyens convenables, ni ceux des vainqueurs du moment, mais aussi-et surtout-ceux que le pouvoir préférerait voir disparaître du débat public.
Le Conseil n’est ni une annexe administrative, ni un service de communication morale. Il est censé être un contre‑pouvoir.
En période de crise politique, lorsque des opposants sont arrêtés, emprisonnés, parfois au mépris des garanties les plus élémentaires, ce rôle devient décisif.
Le Conseil doit alors être présent, vigilant, intraitable : visiter les lieux de détention, prévenir les disparitions silencieuses, s’assurer de conditions de détention humaines, de soins effectifs, de procédures respectées. Bref, rappeler à l’État une évidence trop souvent oubliée : la force ne fait pas le droit.
Encore faut‑il que cette mission soit incarnée par quelqu’un qui en saisisse l’esprit.
L’article 16 de la loi portant création du Conseil ne laisse place à aucune ambiguïté : son "président doit être reconnu pour sa probité et pour son impartialité".
Ce n’est ni une clause de style ni une formule d’apparat. C’est une exigence fondatrice.
Or, alors que des opposants politiques croupissent en prison dans le cadre de la crise de la présidentielle, Adjelou Christian s’est autorisé, sur un plateau de télévision à large audience, à les qualifier publiquement d’« anarchistes » et de « terroristes ».
À cet instant précis, toute prétention à l’impartialité, de ce nouveau président du CNDHCI, s’effondre.
Car de quoi parle‑t‑on, au fond ? D’un nouveau responsable chargé de protéger des droits fondamentaux, qui a déjà pris publiquement le lexique de la stigmatisation politique?
D’un nouveau président de Conseil des droits humains qui a déjà rendu sa sentence médiatique avant même que la justice ne se prononce?
D’un nouveau gardien des libertés qui a déjà choisi le rôle de l’accusateur?
A-t-on seulement vu, la Presidente sortante du CNDCI, dans une posture aussi partisane?
Dès lors, une question s’impose : à quoi servira encore le Conseil ? À rassurer les victimes ou à conforter les abus ? À défendre les droits ou à en rationaliser la suspension ? À être un rempart, ou un alibi ?
Avec l’arrivée d’Adjelou Christian, le CNDHCI reste debout. Sa mission et son impartialité, elles, ont pris des vacances.
ASSALÉ TIÉMOKO
PRÉSIDENT DE L'ADCI.






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