CE SOUS-PREFET
1995. Un Sous-Préfet tombe dans une embuscade tendue par un groupe de manifestants à Odienne. Il est tiré de son véhicule, battu à sang, humilié.
C’est le Sous-Préfet de Tiémé. Des populations lui reprochent, lui et tous les autres membres du Corps Préfectoral, d’avoir organisé de mauvaises élections auxquelles le RDR n’était pas admis à participer.
Les populations battent le Sous-Préfet, le déshabillent. Des personnes prennent sa tenue de commandement de Sous-Préfet et habillent un fou, un malade mental bien connu de la ville.
Tous les jours, le fou se balade dans les rues d’Odienne dans la tenue de Sous-Préfet. Cela amuse les populations. Des personnes prennent des photos, qui sont encore disponibles dans les archives. Nous ne publierons pas, par respect pour le prestigieux Corps Préfectoral.
J’étais Étudiant à l’époque des faits. Le Corps Préfectoral en a été affecté. J’étais loin d’imaginer ce que la vie me réserverait quelques années plus tard …
1995. Des violences électorales ont cours. Des dizaines de morts dans le pays.
Ce sont les premières élections présidentielles, après le décès du Président Félix Houphouët-Boigny. Les parties Nord et Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire sont en feu.
Le successeur d’Houphouët-Boigny, Monsieur Henri Konan Bédié, est Candidat. Monsieur Alassane Ouattara, Président du RDR, ne se porte pas Candidat, convaincu que des dispositions dans la Constitution ont été sciemment écrites pour l’empêcher d’être Candidat à l’élection présidentielle. Par solidarité avec le RDR, le FPI de Laurent Gbagbo, refuse de participer à l’élection présidentielle de cette année 1995. Le FPI et le RDR forment alors une alliance politique appelée le « Front Républicain ».
Les deux Partis lancent un appel au « boycott actif » des élections qui prend une tournure particulière au Nord et au Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire. Les forces de sécurité réagissent. Des centaines de personnes sont arrêtées, des infrastructures sont vandalisées. Il y a des morts.
À cette époque, c’est le Ministère de l’Intérieur, donc les Préfets et Sous-Préfets, qui organisent toutes les élections, en première ligne.
Dans un pays où tous les Partis au pouvoir ont toujours voulu conserver le pouvoir pour la vie, en réduisant à néant, par des artifices institutionnels et sécuritaires, les Opposants, les élections deviennent l’opportunité de violence extrême.
C’est pour cette raison que, dans les débats que le Gouvernement a initiés pour une réforme électorale, il ne faut pas mêler les Préfets et Sous-Préfets à nos palabres politiques et à des suspicions de partialité. Il faut confier l’organisation des élections à un corps indépendant, qui n’aura pour unique mission que les élections.
Le Corps Préfectoral est l’un des corps les plus puissants de Côte d’Ivoire sur lequel repose la stabilité, la sécurité et le développement du pays. Si les populations déshonorent ce Corps ou doutent de lui à cause des élections, l’autorité de l’Etat sera affaiblie, ce qui est encore plus grave pour notre pays.
Dans ce pays, les élections divisent toujours. Il faut épargner de la division ceux sur qui repose notre vitalité.
En l’état actuel, en raison de notre histoire de violence électorale et de suspicion, il ne faut confier à aucune institution publique une mission électorale de première ligne, si cette institution a déjà d’autres missions traditionnelles civiles et de développement, sinon ces missions traditionnelles, importantes pour le pays, seront affaiblies, impactées et subiront la même suspicion.
Le Sous-Préfet avait été battu par des populations parce qu’il symbolisait, aux yeux de certains, l’administration qui organisait de mauvaises élections.
Étudiant, j’ai été traumatisé par cet événement dont toute la presse de l’époque avait parlé il y a 31 ans.
Le Sous-Préfet a été malade et est décédé après.
J’étais loin d’imaginer ce qui m’arriverait quelques années plus tard. En 1996, j’ai été admis au concours de l’ENA. En 2001, j’étais nommé ….Sous-Préfet de Tieme, comme deuxième remplaçant du Sous-Préfet violenté.
Heureusement qu’à partir de Décembre 1999, le Ministère de l’Intérieur n’organisait plus d’élections….
Vincent Toh Bi irié



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