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VIOLATIONS DES DROITS DE L'HOMME, REPRESSION DE L'OPPOSITION.../AMNESTY INTERNATIONAL EPINGLE LA COTE D'IVOIRE (RAPPORT)

Côte d’Ivoire 2025

 

Les autorités ont restreint l’espace civique durant la période électorale. Les manifestations et rassemblements ont été interdits, des manifestant·e·s se sont vu infliger de lourdes peines d’emprisonnement et des sympathisant·e·s de l’opposition ainsi qu’un cybermilitant ont été arrêtés en violation des normes internationales d’équité. Onze personnes ont été arrêtées arbitrairement pour avoir participé à une action de grève. Des centaines de femmes ont manifesté contre les violences fondées sur le genre. Environ 550 cas de choléra et 21 décès liés à cette maladie ont été signalés. Les autorités n’ont pas indemnisé de façon adéquate des victimes d’expulsions forcées.

 

Contexte

 

Les tensions politiques se sont intensifiées dans les mois qui ont précédé l’élection présidentielle du 25 octobre, en particulier après que le Conseil constitutionnel a invalidé, en septembre, les candidatures de Laurent Gbagbo, ancien président de la République et dirigeant du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), et de Tidjane Thiam, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA). Alassane Dramane Ouattara a été réélu président de la République pour un quatrième mandat.

 

Malgré la baisse du taux d’inflation, qui est descendu à environ 3 %, le coût élevé des combustibles, de la nourriture et du logement a continué de peser sur les ménages.

 

Liberté d’expression et de réunion

 

Selon Reporters sans frontières (RSF), le journaliste Comlan Hugues Sossoukpé, réfugié béninois, a été arrêté en juillet à Abidjan et remis aux autorités béninoises pour répondre d’accusations d’incitation à la rébellion, à la haine et à la violence, de harcèlement via un moyen de communication électronique et d’apologie du terrorisme. RSF a indiqué avoir reçu plusieurs signalements selon lesquels des membres du gouvernement ivoirien et de l’opposition avaient menacé et tenté d’intimider des journalistes.

 

En août, le préfet d’Abidjan a interdit puis autorisé une manifestation du PPA-CI et du PDCI-RDA. En septembre, les autorités ont interdit un sit-in du Syndicat national des fournisseurs de l’État de Côte d’Ivoire.

 

Le 2 octobre, le Conseil national de sécurité a annoncé que « toutes les dispositions nécessaires » seraient prises pour maintenir l’ordre et la sécurité durant la période électorale. À la suite de cette annonce, les manifestations du PPA-CI et du PDCI-RDA prévues pour les 4 et 11 octobre ont été interdites pour des motifs d’ordre public1. Elles ont cependant eu lieu malgré leur interdiction. Le 13 novembre, le Conseil national de sécurité a déclaré que depuis le 11 octobre, 11 personnes, dont un gendarme, étaient mortes dans le cadre des manifestations et que 1 658 personnes avaient été arrêtées. Parmi ces dernières, plus de 80 ont été condamnées à trois ans d’emprisonnement, le plus souvent pour « trouble à l’ordre public ».

 

Le 17 octobre, un décret ministériel a suspendu pour deux mois tous les événements et meetings publics organisés par des partis politiques, à l’exception de ceux tenus par les cinq candidat·e·s officiellement sélectionnés pour l’élection présidentielle.

 

Arrestations et détentions arbitraires

 

Début avril, les autorités ont réprimé des manifestations du secteur de l’éducation. Dix enseignants ont été arrêtés au cours d’un mouvement de grève de 48 heures.Ghislain Duggary Assy, secrétaire à la communication d’un syndicat d’enseignant·e·s, a été arrêté à son domicile et interrogé au sujet de la grève, en l’absence de son avocat. Le 8 avril, il a été condamné à deux ans d’emprisonnement, notamment pour « entrave au fonctionnement des services publics de l’État »2. Il a été remis en liberté à titre provisoire le 7 mai. Sa déclaration de culpabilité et sa peine ont été confirmées par la cour d’appel d’Abidjan le 16 juillet, mais aucune ordonnance de mise en détention n’a été rendue.

 

Répression de la dissidence

 

Entre juin et septembre, les autorités ont procédé à une série d’arrestations visant des sympathisant·e·s de l’opposition. Les droits de ces personnes à une procédure équitable, notamment celui de pouvoir consulter un·e avocat·e dans les meilleurs délais, auraient été bafoués. Selon des représentants du PDCI-RDA, trois jeunes dirigeants du parti ont été placés en détention à Abidjan le 8 et le 9 juillet. En août, six membres du PPA-CI ont été arrêtés à la suite de troubles survenus à Yopougon.

 

Le 1er septembre, le cybermilitant Ibrahim Zigui a été arrêté. Sa famille ignorait où il se trouvait jusqu’à ce que son avocat réussisse à entrer en contact avec lui à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, le 6 septembre.

 

Droits des femmes et des filles

 

En mars, plusieurs centaines de femmes ont défilé à Abidjan pour dénoncer la montée des violences fondées sur le genre, notamment des féminicides. Elles ont appelé, entre autres choses, à une application plus stricte des lois à l’égard des responsables de ces violences. Les coupes budgétaires du gouvernement américain ont compromis la fourniture de services visant à protéger les femmes et les minorités sexuelles contre ces violences, ce qui a aggravé la situation.

 

En juin, le ministère de la Femme a déclaré que 9 607 cas de violences fondées sur le genre avaient été enregistrés en 2024 et que 32 428 victimes avaient bénéficié d’une aide des autorités. Cependant, l’accès à la justice est demeuré limité pour plusieurs raisons, notamment parce que certains membres de la police exigeaient des victimes qu’elles se procurent un certificat médical avant de porter plainte, alors que ces certificats étaient payants et ne constituaient pas une obligation légale.

 

Droit à la santé

 

Une épidémie de choléra a été déclarée en juin à la suite du signalement de 45 cas et sept décès à Vridi Akobrakré. Fin septembre, selon les autorités et l’UNICEF, l’épidémie s’était propagée à Yopougon-Est, Jacqueville, Fresco et Sassandra, le bilan atteignant 21 morts et le nombre de cas s’élevant à environ 550 (avec un taux de mortalité par rapport au nombre de cas enregistrés de 3,8 %). L’Institut national d’hygiène publique a intensifié les mesures de suivi, de traitement et de communication sur les risques, et l’OMS a fourni des kits de lutte contre le choléra pour renforcer les points de réhydratation par voie orale au niveau local et pour améliorer la gestion des cas.

 

Expulsions forcées

 

Plus d’un an après la suspension par les autorités des opérations d’expulsion forcée qui ont touché des dizaines de milliers d’habitant·e·s de différents quartiers d’Abidjan, nombre des personnes concernées n’avaient toujours pas reçu une indemnisation adéquate. Parmi elles figuraient 133 agriculteurs·trices, leurs familles et leurs employé·e·s, dont les moyens de subsistance avaient été détruits sur le site de Gesco Rivière3.

 

Amnesty International

 

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