À l’aube d’un matin qui semblait ordinaire, alors que la Côte d’Ivoire s’éveillait sans pressentir le drame, une étoile majeure s’est détachée du firmament politique national. Une lionne a replié ses griffes. Une voix s’est tue.
Léopoldine Coffi Tiézan a franchi le seuil de l’éternité.
Ce départ brutal, tel un fracas de tonnerre dans un ciel paisible, a traversé le pays comme une onde de choc. Il a fendu le cœur du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire - Rassemblement Démocratique Africain, endeuillé ses militantes, ses militants, et touché jusqu’aux profondeurs de l’âme nationale. Car Léopoldine n’était pas seulement une actrice de la vie politique : elle en était une conscience, une force morale, une incarnation vivante du combat féminin et républicain.
Elle fut de ces femmes rares que l’histoire ne fabrique qu’à certaines heures décisives.
La naissance d’une combattante
Née à Gonaté, sur cette terre de l’Ouest ivoirien où la sueur nourrit l’espérance et où la dignité se transmet comme un héritage sacré, Léopoldine Coffi Tiézan a grandi à l’école de la rigueur et de la solidarité.
Fille d’une famille modeste mais droite, façonnée par une mère courage (pilier silencieux disparu en avril 2023) elle a très tôt compris que la destinée d’une femme ne se mendie pas : elle se conquiert.
Dans le tumulte de la Côte d’Ivoire post-indépendance, alors que la nation se bâtissait pierre après pierre, Léopoldine forgeait son caractère. Elle refusa les limites imposées. Elle choisit le combat. Elle choisit la politique, non par ambition personnelle, mais par devoir historique.
Sous Houphouët-Boigny, la voix des femmes se lève
Aux côtés du père fondateur Félix Houphouët-Boigny, Léopoldine Coffi Tiézan s’imposa comme une figure centrale du PDCI-RDA. En prenant la tête de l’Union des Femmes du parti, elle brisa un plafond de verre avant même que le mot n’entre dans le vocabulaire politique africain.
À une époque où les femmes étaient cantonnées aux marges du pouvoir, elle marcha droit vers le centre.
Elle mobilisa. Elle organisa. Elle éveilla des consciences.
Des milliers de femmes trouvèrent en elle une voix, une mère, une cheffe de guerre pacifique.
Elle proclamait haut et fort que la paix, le dialogue et le développement – piliers de l’houphouétisme – ne pouvaient exister sans la pleine participation des femmes. Et son verbe, ferme et incandescent, ne tremblait jamais.
Sous Henri Konan Bédié, la rigueur au sommet de l’État
Lorsque vint l’ère d’Henri Konan Bédié, Léopoldine Coffi Tiézan accéda aux plus hautes responsabilités. Ministre, elle porta la cause des femmes, des familles, des enfants et des oubliés avec une droiture qui força le respect.
Dans les couloirs feutrés du pouvoir comme sur les terrains les plus rudes, elle resta fidèle à une ligne : servir sans trahir, agir sans se vendre.
Son intégrité devint une référence. Sa rigueur, une école. Sa parole, une arme redoutable contre l’injustice et les inégalités.
Elle savait fédérer au-delà des clivages, sans jamais renier l’âme du PDCI-RDA. Pour elle, le parti n’était pas une simple organisation : c’était une mémoire collective, un rempart contre l’oubli et la division.
La passeuse de flambeau
Dans les temps récents, alors que le parti traversait doutes, tempêtes et fractures, Léopoldine Coffi Tiézan resta debout.
Conseillère fidèle de Tidjane THIAM, elle fut ce pont rare entre générations, cette passerelle entre l’héritage houphouétiste et les exigences du XXIᵉ siècle.
Au 9ᵉ Congrès extraordinaire électif de 2025, dans le Haut-Sassandra, sa déclaration résonna comme un serment :
« Mon soutien à Tidjane THIAM est total. Cent pour cent. »
Elle ne calculait pas. Elle choisissait.
Et elle choisissait toujours la cohérence, l’unité, la dignité.
La femme derrière la légende
Mais Léopoldine, c’était aussi Gonaté.
C’était la terre, la famille, la chaleur humaine.
En décembre 2025, lorsqu’elle fut présentée officiellement aux populations aux côtés de Kongo Samuel, elle retrouva ce lien charnel avec son peuple, cette source intime d’où jaillissait sa force.
Mère, épouse, grand-mère, mentore, elle inspira des générations de femmes, de jeunes militants, de responsables en devenir. Elle prouvait que l’autorité pouvait être ferme sans être brutale, et que la loyauté n’était jamais faiblesse.
La lionne entre dans l’éternité
Aujourd’hui, les hommages affluent.
Des bases militantes aux instances nationales, des réseaux sociaux aux silences lourds de l’émotion, une certitude s’impose : une page majeure de l’histoire du PDCI-RDA s’est tournée.
Mais Léopoldine Coffi Tiézan n’est pas morte.
Elle a rejoint le panthéon invisible de celles et ceux dont l’empreinte défie le temps.
À vous, militants du PDCI-RDA, souvenez-vous de son courage.
À vous, femmes de Côte d’Ivoire, souvenez-vous qu’elle a ouvert la voie.
À vous, jeunesse ivoirienne, souvenez-vous que l’engagement n’est noble que lorsqu’il est sincère.
Léopoldine,
tu étais la flamme indomptable,
la lionne qui protégeait la meute,
la conscience qui refusait les compromis obscurs.
Que la terre de Gonaté te soit légère.
Que les ancêtres t’accueillent comme une héroïne.
Ton nom restera gravé dans notre mémoire collective,
comme un appel à la grandeur, à l’unité et à la dignité.
Repose en paix, grande dame du PDCI-RDA.
Ton combat continue en nous.
Et que ce serment résonne désormais dans chaque cœur ivoirien : tant qu’il y aura une femme debout pour défendre la justice, une militante pour porter l’unité, un enfant pour rêver d’un pays réconcilié, Léopoldine vivra. Son esprit ne s’éteindra pas. Il veillera, il guidera, il exigera. Car les lionnes ne meurent pas ; elles se transforment en légende qui appelle les vivants à se lever.
Clément EWOUEDJE
SG Section Vatican
Délégation pdci-rda de Toits Rouges (Yopougon)




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